Dias - Salima

“Une Journée avec Dias” par Marie Adji

Dias - SalimaIl est 10 heures quand je retrouve Dias dans l’un de ses lieux de prédilection, le CNAV, à deux pas de la télévision nationale.

Artiste multirécidiviste, Dias cumule les talents et les idées, tour à tour chanteur, peintre, caricaturiste ou designer de bijoux et de lampes, il a accumulé en plus de dix ans de carrière de nombreuses joies et désillusions.
Dias s’est fait connaître sur la scène musicale nigérienne à travers ses reggaes engagés, avant de revenir à ses racines gourmantchées lors de l’enregistrement de son dernier album en 2002 “SALIMA”, 8 titres dédiés à la poésie gourmantchée accompagnés d’instruments traditionnels. Cet album c’est son plus gros succés, un succés visible à chacun de ses passages dans les rues de Niamey dans sa mythique 4L orange, tous les enfants se mettent a fredonner ses compositions qui sont pourtant écrites dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas, le gourmantché est en effet une langue très peu parlée au Niger.
Dias dit lui-même  “Beaucoup de gens pensent que je n’ai rien fait avant SALIMA, pourtant j’ai déjà deux albums a mon actif”.
Dias se revendique libre, il ne fait que ce qu’il lui plait, il dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Il se veut la voix des sans voix, celle des pauvres qui n’ont pas droit à la parole, celle de la ” majorité silencieuse exploitée par une minorité “. Quand on lui parle de musique, lui il nous parle de son père qui jouait de la trompette dans l’armée, de sa première guitare qu’il a fabriqué lui-même. Pour assouvir sa passion de la musique Dias a cumulé tous les métiers possibles et inimaginables à Niamey : jardinier, charpentier, il est fier de dire qu’il n’y a pas un métier qu’il ne puisse faire.
Dur d’imaginer Dias jardinant sur le bord du fleuve Niger quand on le rencontre aujourd’hui au milieu de son salon, véritable musée d’art africain dans sa villa perchée au plateau. C’est sur sa terrasse, face a une superbe piscine que nous déjeunons. Il est bien loin le temps ou Dias mangeait face au fleuve Niger dans sa petite maison en banco de la corniche Yantala. Son mariage a transformé du tout au tout son train de vie, quand on aborde le sujet il répond tout simplement qu’il n’a pas demandé tout ça et que sa maison de Yantala lui manque.

 

De la musique nigérienne, Dias est fatigué, fatigué des musiciens, des producteurs, des projets qui ne voient jamais le jour. “Un de plus gros problèmes au Niger c’est qu’il n’y a pas d’instrumentistes, les musiciens ne travaillent pas assez”. ” Ce n’est pas faute d’avoir essayé de former sa propre formation musicale pour l’accompagner lors de ses concerts, il a tenté de produire de jeunes artistes, mais toutes ces tentatives se sont soldées par de cuisants échecs, souvent exploité par des artistes qui voient en lui une mine d’or toujours prêt à donner de l’argent, a financer une réparation d’instrument, etc” Aujourd’hui Dias aspire à d’autres horizons, quitter le Niger pour réaliser son prochain album reggae en Jamaïque, terre de tous les talents. Dias dit :” Au Niger quand tu atteins un certain niveau tu ne peux plus monter plus haut, aujourd’hui je suis en haut pour le Niger, il n’y a personne avec qui me comparer sur le plan reggae, ce n’est pas du tout motivant pour un artiste” il faut que je parte si je veux progresser !

C’est au camping touristique que nous finissons cette entrevue, une fin d’après midi orageuse sur Niamey. A l’aube de la quarantaine, Dias est donc entrain d’engager un tournant décisif dans sa carrière artistique, tout d’abord accentuer son travail de designer de bijoux, ses bagues, ses colliers et ses boucles d’oreilles sont en effet entrain de devenir des pièces très prisées dans le milieu expatrié de la capitale nigérienne. On retrouve déjà ses bijoux dans quelques boutiques européennes.
Sur le plan musical, Dias a cessé de croire en le Niger pour faire évoluer sa carrière, la preuve, la vente toute récente de son matériel de musique au jeune Mali Yaro. “Ça fait plus d’un an que j’avais à la maison ce mini studio et cette sono, il est comme neuf, preuve que je ne m’en sers pas, que tous les projets que j’avais engagé avec sont tombés à l’eau, au moins avec Mali il sera utile”.
L’artiste devrait donc nous quitter fin décembre après la réalisation d’un documentaire sur lui par une équipe suisse.
“Comment les chauves souris mettent bas leurs petits elles qui ont la tête suspendue vers le bas?” (extrait traduit de l’album Salima, poésie gourmantchée)

 

Marie Adji – Fofo Mag – 8 août 2003
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